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Se construire malgré soi



Aussi bête que cela puisse paraître de le préciser avant même d'avoir commencé à tout vous raconter,
J'ai toujours voulu comprendre cette période de ma vie où tout a basculé.
En parler c'est un peu pour moi une façon de cicatriser.
Longtemps j'ai vécu dans l'amour d'une famille épanouie, longtemps j'ai vécu des moments inouïs. Je ne me plains surtout pas car j'ai eu une de ces enfances sans faille qu'on n'oublie pas.
Et puis un jour c'est vrai, ma famille a connu une de ces périodes sombres, une de ces périodes dédaigneuses qui m'a beaucoup changé.
Lorsque j'emploie le terme de famille, j'entends parler de ma famille proche ce qui restreint le cercle inévitablement. Si j'ai décidé de tout raconter c'est pour pouvoir atténuer ces moments douloureux qui m'ont terriblement meurtris.
Et si aujourd'hui je suis là et je mène ma vie comme n'importe qui, ne croyez pas que tous ces moments sombres se sont effacés de ma mémoire... ils y sont ancrés à jamais pour l'éternité.


Tout a commencé avec ma mère.
Longtemps considéré comme le vilain petit canard de sa famille parce que née des pieds bauds, ma mère a grandi dans une frustration inexpliquée depuis toujours sans vraiment jamais extérioriser ses pensées.
De nature plus que fragile elle a toujours été la petite fille handicapée qui est venu tout chambouler.
Ma mère, troisième de quatre enfants a toujours entretenu une relation privilégiée avec son frère de quelques années son aîné.
Christian il s'appelait ! Si vous saviez comme elle l'aimait !
Et puis un jour, un jour qui n'aurait pas du être est venu tout foutre en l'air.
Un homme, un " chauffard " -comme il en existe tant aujourd'hui- l'a renversé sur la chaussée alors qu'il traversait.
Son destin était fait.
La mort de son frère, ma mère l'a ignoré plus longtemps qu'il ne le fallait.
Mes grands parents ont vraiment exagérés, ils l'ont éloignés lui cachant désespéramment la mort de son frère jusqu'à 15 jours après.
Ainsi n'ayant pu faire son deuil, le choc moral et sa fragilité ont opérés.
Dès lors et depuis encore le traumatisme est.

Ce que j'ai compris à travers son histoire c'est les répercussions qu'ont eu ce mensonge sur elle et dans sa tête.
Lorsque elle a rencontré mon père quelques années après, le traumatisme était toujours, ne l'empêchant pas de pleurer devant un film émouvant ou même en écoutant une musique triste. Maman a toujours été comme ça... Je ne l'ai jamais connu autrement.
D'après les psychologues, le traumatisme dû a son frère et l'absence de deuil ont joué un rôle important sur ce qui va suivre et vous comprendrez pourquoi dans un instant.

Comme je l'ai précédemment dit, j'ai toujours vécu dans une famille unie. Ainsi jamais je n'aurai pensé que de telles choses existaient dans l'humanité.
Mes parents se sont mariés très jeunes et du haut de ses quinze ans, mon père a été pour ma mère l'unique homme de sa vie. Il l'a aidé inconsciemment à oublier un peu la mort de son frère, a réapprendre à vivre comme on peut lorsqu'on perd un proche si brusquement. Ainsi mes parents se sont aimés si bien qu'ils m'ont donné naissance puis à ma s½ur quelques années plus tard.
Tout a donc été pour le mieux, jusqu'à ce jour qui restera à jamais gravé en moi comme une plaie qui ne cicatriserait pas.

A l'époque, je devais avoir à peu près quatorze quinze ans. Petite curieuse et pleine d'innocence, un jour peut être où je le fus trop, je pris mon père à avoir une conversation quelque peu dissimulée dans la salle de bains avec une personne qui apparemment ne m'était pas connaissance.
Insouciante de mes actes et encore si prude, je tendis alors mon oreille contre la porte et avec cette innocence pure et propre aux enfants je perçu quelques mots d'amour, des « je t'aime » éparpillés qui n'étaient de toute évidence pas adressés à ma si chère maman.
Si dieu sait à quel point pourtant les petites filles bénissent et admirent leur père, je ne m'en voudrais jamais assez d'en avoir parlé à ma mère sans la moindre intention, si ce n'est qu'elle m'explique tout simplement le pourquoi d'un tel acte qui m'était juste d'une étrange bizarrerie.
Ce jour là fut une révélation atroce pour elle, que mon père nia à pleine voix évidemment me traitant de sale petite menteuse; mais qui la mis dès lors aux aguets du moindre soupçon, en quête de la moindre preuve et plus encore sur la voix d'un enfer insurmontable.
Tout devint dès ce jour insupportable, la vie à la maison n'était que haine, une quête de vérité pour ma mère une quête de mensonges pour mon père. Ma s½ur trop petite à l'époque ne compris que progressivement le drame qui se déroulait peu à peu devant nos yeux.
J'ai beaucoup souffert à cette époque de cette situation causée plus par ma faute qu'autre chose, j'ai pleuré toutes les larmes de mon c½ur me haïssant de mon acte déroutant. Le regard de mon père, je m'en détournais, ma mère je l'évitais. Et puis j'ai décidé de me faire au mieux à cette situation, de ne laisser rien transparaître des blessures que me causait cette rupture dans notre quotidien plus pour ma petite s½ur que pour moi qui je voyais bien commençait à souffrir de tout ça.
Et puis mon père se décida un jour à admettre que ce que j'avais entendu je ne l'avais pas rêvé c'était bien vrai. Malgré tout il souffrait lui aussi d'avoir tout gâché je pense. Il avoua seulement qu'il était tombé amoureux d'une femme qui l'avait repoussé et qu'il ne s'était rien passé.
De toute façon aujourd'hui cela n'a plus vraiment d'importance. Mais inconsciemment cette révélation a déclenché chez ma mère un traumatisme profond, ce fut un peu comme une seconde cassure dans son c½ur : un peu comme si elle perdait son frère une deuxième fois même si cette fois c'était papa. Dès lors le pire se déclencha, son moral baissa et ma s½ur et moi ne la reconnaissions pas. Elle devint agressive, méchante et blessante pour un rien.

Cette période a fait de moi ce que je suis aujourd'hui c'est-à-dire quelqu'un de plutôt froid et marginal quelquefois. Mais malgré la dure carapace que je m'étais forgée pour réussir mes années de lycée et n'y rien laisser transparaître, croyez moi que vous ne pouvez imaginer ce que je vivais. Le lycée c'était le seul endroit où je me sentais en sécurité, rentrer chez moi était un vrai calvaire je m'y sentais mal c'était clair.
Je me suis dès lors renfermée sur moi-même mais surtout dans le travail qui me permettait d'échapper à mon enfer quotidien, aux disputes incessantes et au sentiment de haine qui avait doucement pris la place de l'amour. Et croyez moi, cela encore fut une épreuve remplie d'obstacles car la concentration était dure à trouver dans ce « chaos » permanent.
J'ai ressenti l'étrange sentiment d'être seule, moi rien que moi. Aujourd'hui ça semble un peu égoïste mais je ressentais vraiment ça. Mes parents je crois ne se sont pas rendu compte et ne s'en rendent toujours pas que cette période je l'ai vécu dans un total désarroi rempli de culpabilité et d'effroi. Inviter des copines j'avais trop honte.
En parler je ne pouvais pas.

Et puis petit à petit on a découvert le pourquoi de cette agressivité croissante : ma mère buvait. Moi j'étais effondrée, je lui est donc tout fait, toutes les pires conneries possibles et inimaginables.
Mon père a fait semblant de ne pas voir je pense, il ne pouvait et ne voulait certainement pas y croire ; pourtant son changement était radical ça sautait aux yeux ! Dès lors ça a été pire de savoir et de ne rien pouvoir lui faire admettre ni même faire. Personne ne peut imaginer à quel point on se sent nul quand une des personnes que vous aimez le plus se détruit sans se rendre compte que des gens existent autour et qu'elle nie et rejette l'aide que vous lui proposez.
Pourtant dans ma tête tout était clair il fallait faire quelque chose pour elle. Je ne pouvais pas supporter notre impuissance devant son désarroi. Je me suis souvent senti inutile. Papa s'est encore plus éloigné de nous à cette époque là, j'ai eu le sentiment qu'il s'était enfermé dans le travail lui aussi pour oublier... moi j'étais seule, incapable de tout prendre en main.
Un jour ça a été trop et à force de la faire culpabiliser, ma mère a commencé à admettre sa maladie voyant toute la souffrance qu'elle nous affligeait.

Elle a alors décidé de se battre pour se sortir de cette maladie dont elle était plus victime que ce qu'elle ne voulait bien croire.
Elle est donc entrée dans une clinique de désintoxication. Ca n'aura duré qu'un mois et pourtant j'ai eu l'impression de l'avoir perdue plus que jamais. La vie sans elle malgré tout ça je ne pouvais pas ! J'ai souffert encore plus, même s'il n'y avait pas de raisons à ça. Je ne peux pas dire pourquoi mais cette cure je n'y croyais pas...et puis je me rendais compte petit à petit qu'elle s'était crée un petit cocon et j'avais tellement peur, tellement peur qu'elle ne veuille plus en sortir... et c'est ce qui est arrivé.

Les premiers jours de son retour à la maison ont été géniaux j'ai eu l'impression de m'être méprise d'avoir eu tout faux et que tout irait désormais pour le mieux. Nous avions retrouvé une femme heureuse, une maman épanouie apparemment. Au fond tout n'a été qu'illusion : cette cure trop courte, le trop peu suivi des médecins, le retour à la réalité trop brutal m'ont donné raison à mon grand regret : elle a rechuté.
Je lui en ai tellement voulu, elle m'avait tellement déçue.
Je n'ai jamais réussi à comprendre pourquoi on ne suffisait pas à la sortir de cette merde. J'avais le sentiment que ma s½ur et moi ne suffisions pas à l'encourager à lutter. Elle ne voulais plus vivre c'était des paroles permanentes. La seule chose qu'elle nous disait c'était qu'elle voulait aller rejoindre son frère là haut . La tentative de suicide (anodine heureusement) a été la goutte d'eau qui a fait déborder le vase. C'était un appel au secours c'était très clair pour nous tous.
Mais dans ces moments où rien ne nous raccroche à la vie et où l'on a l'impression d'être devant un mur infranchissable, la situation s'est encore empirée. Ma mère voyait mon père la tromper avec tout le monde et s'était désormais enfermée dans une sorte de « paranoïa de jalousie excessive. »

Mon père a alors beaucoup souffert lui aussi, épuisé d'être sans cesse dans la peur de ne pas la retrouver le soir en rentrant ou de la laisser seule à la maison pendant que nous nous étions en cours et lui au travail.


Malgré ce problème prédominant dans notre vie de famille et les disputes quotidiennes et incessantes,
Nous n'avons pas réussi à la renvoyer en cure. Aborder le sujet c'était même inespéré. Du coup le problème s'est figé.

Ça a été très dur mais avec le bac imminent j'ai réussi tant bien que mal à laisser entre parenthèses "tout ça". J'ai décroché mon bac avec une mention assez bien et ensuite tout est allé très vite. La vie a repris.
L'été est arrivé puis la rentrée.
Je suis entrée en IUT Carrières juridiques à ROUEN.
Pendant ces deux années de formation, j'ai complètement oublié (ou du moins fais semblant) la situation.
L'éloignement a beaucoup plus de vertu que je n'aurais cru.
Mes journées se résumaient à bosser et tenter d'obtenir mon permis.
La seule chose qui m'était difficile à concevoir, c'était d'être loin de ma s½ur.
J'ai beaucoup souffert de la distance dans le sens où je n'étais pas à la maison pour voir comment ça se passait pour elle vis à vis de la situation...

Je fais ici une petite parenthèse pour parler d'elle.
C'est étrange, mais dans ma vie, tout est rapport à elle et je crois que ça le sera toujours.
Aujourd'hui elle va sur ses 18 ans. Comme le temps passe vite ...
Je ne peux pas trop expliquer ce sentiment mais ce qui est sûr c'est que ma s½ur et moi avons toujours été très fusionnelles. Malgré la différence d'âge, les rapports que nous avons restent uniques. Elle est tout pour moi. Nous ne sommes pas liées uniquement par le sang, c'est bien plus que ça.

Depuis l'obtention de mon DUT (diplôme universitaire technologique), je suis en formation pour devenir notaire.
C'est un métier qui me plaît beaucoup.
Je pense que c'est une profession qui a de l'avenir et qui est très intéressante parce que très diversifiée.
Le travail, c'est quelque chose de réconfortant quand ça ne va pas fort.
Ca permet beaucoup de choses notamment de se distraire en pensant à autre chose qu'à nos problèmes non résolus.
Dans mon cas c'est plus délicat, car ces derniers temps, je n'ai rien envie de faire.

Bref, depuis, notre situation a beaucoup évoluée. Mes parents ont divorcé et on s'est construit chacun peu à peu de notre côté.
Moi j'ai quitté la maison et me suis installée car j'ai enfin trouvé une stabilité, quelqu'un que j'aime profondément, qui m'aime en retour et qui je le sais, va m'apporter tout ce dont j'ai toujours rêvé.
Mon père est parti habiter avec ma soeur non loin de chez nous.
Quant à ma mère, elle a retrouvé quelqu'un et recommence à profiter de la vie comme avant même si son problème a elle n'est pas tout a fait résolu.
Je crois que malgré tout et notamment leur amour, mes parents ne pouvaient plus continuer comme ça.
Ces dernières années ont été de trop.
Cette atmosphère lourde et pesante où chacun était seul avec soi-même a durée presque 6 ans.
Six longues années où les jours étaient quasi identiques et défilaient lentement.
Il aurait fallu que tout ça cesse bien plus tôt.
Ils se efforcés à tout gâcher, tout ce qu'il restait de bien entre eux deux.
Ils en auraient fini par se détester.

Je sais que tout ce que j'écris là n'a au fond que d'intérêt pour moi et je souhaite tout de même faire savoir que ce n'est pas un reproche à mes parents que je fais là.
Au contraire, j'ai appris à relativiser car avec toute la misère qu'il y a dans le monde, je ne conçois pas trop m'apitoyer sur mon sort ou sur quoique ce soit d'autre d'ailleurs. Cela serait réellement illusoire non ? J'ai eu tout ce dont j'ai rêvé mais si j'ai décidé d'écrire ces quelques pages c'est uniquement pour montrer à ma famille que je l'aime et qu'à vouloir sauver les apparences on se heurte parfois à beaucoup de souffrance inutile. Parce qu'au fond n'est ce pas ce que l'on a toujours fait et ce que l'on fait encore?

En tout cas je profite de ces quelques pages que j'ai a griser pour remercier ceux qui comme toujours ont su trouvé les mots justes et droits pour enfoncer ma mère encore plus dans son désarroi quand elle avait besoin d'aide, ceux qui sous prétexte qu'ils ne contrôlent pas leur vie comme ils le voudraient se sont chargés de se mêler de la nôtre ; ceux qui enfin, au lieu d'ouvrir leur « gueule » (pardonnez moi le terme) auraient mieux fait de s'étouffer avec leur langue. Car dans ces moments tout le monde devient « l'épaule compréhensive » qui n'a pas lieu d'être. Au fond personne (à part ceux qui l'ont vécu et ceux qui sont concernés) ne peut savoir à quel point c'est dur d'être impuissant devant une telle situation, de ne pas savoir que faire et quel parti il faut prendre; s'il faut préférer celui de son père ou celui de sa mère...
Car choisir est impossible. A cette époque je ne le cache pas je les ai détesté tous les deux d'avoir tant tardé pour réagir. J'ai longtemps détesté le fait de vivre dans des incertitudes et des incohérences et de ne pas savoir ce qu'il allait advenir...

Je ne peux pas apporter à mon récit un de ces fameux 'happy end' comme l'on rencontre souvent dans ces romans à l'eau de rose ou dans les fameux romans de gare puisqu'au moment où je vous parle je ne sais toujours pas le fin mot de l'histoire.
Ce qui est certain c'est que du haut de mes « petits » 21 ans et de ma connaissance qu'encore partielle de la vie, j'ai vécu ces quelques années à la vitesse grand v et j'ai eu l'impression de grandir trois fois plus vite que les jeunes femmes de mon âge.
J'ai réalisé que la vie n'était au fond qu'une sorte de jeu dont chacun tire les dés à sa façon. J'ai connu plus de désillusions que je n'aurais dû en connaître, et croisé plus d'imbéciles que je n'aurai dû rencontrer. Je souhaite à ces gens qui se sont permis de nous donner des conseils dont on aurait pu se passer, qui se sont permis de juger mon père surtout, ma mère aussi; de vivre un jour ce genre de galère et de trouver une épaule solide sur laquelle s'appuyer, parce que moi vous pouvez en être sure je ne leur tendrais jamais. Quant à tous ceux qui sans cesse vont jacter à droite et à gauche et raconter notre vie à n'importe qui sans aucune délicatesse et avec cette malheureuse étroitesse d'esprit; et bien je les plains d'être aussi désespéré pour n'avoir rien d'autre à foutre que ça.

Beaucoup ont dit et pensent encore que mon père est « un con», beaucoup pensent également que ma mère est une alcolo, la proie idéale à faire souffrir parce qu'elle est plus faible qu'eux et en profitent parce qu'elle est certainement aussi « trop gentille ». Moi je sais simplement que j'aime mes parents plus que tout au monde comme n'importe quel enfant, que je les remercie de nous avoir donné tout le meilleur et de le faire encore. De m'avoir permis au fond de me forger un caractère des plus coriaces et de comprendre bien vite que la vie est un combat perpétuel avec soi- même et surtout avec son entourage...

Je pensais terminer là mon récit avec ma morale (dont je n'étais pas mécontente) mais quand la vie s'acharne, elle le fait avec beaucoup de force et d'entrain.
Ca faisait bientôt un an que j'avais arrêté d'écrire même si pour vous la rupture ne s'est pas ressentie.
J'ai ainsi du réadapter mon texte initial pour faire en sorte de vous raconter la suite.
J'aurais préféré en arrêter là de mes péripéties familiales...
J'étais déjà assez fière d'avoir pu mettre ces quelques mots sur papier.
Pour mon plus grand malheur, la vie en a décidé autrement.
Aussi je reviens à l'écriture, qui est l'unique chose qui me tiens en haleine, qui me permets de tenir, de ne pas craquer...
Comme je l'ai toujours pensé, la vie est injuste.
Et plus le temps passe et plus j'arrive à décortiquer les moindres sons de ce mot, j'arrive à sentir toute la profondeur de son sens...
Après plus d'un an depuis le divorce de mes parents, la situation est pire que ce que je croyais.
En parler au grand jour, avec mes proches et tous ceux qui m'entourent m'est impossible et pourtant sur mes feuilles de papier, j'ai envie mais surtout besoin de tout raconter.
Je ne peux expliquer pourquoi, c'est comme ça.

Après le divorce de mes parents, dont je vous parlais un peu plus haut ma s½ur et moi avons appris lors de vacances quelque chose qui a fait que notre vie a pris une autre tournure que celle que l'on aurait souhaité et qui fait qu'elle ne sera désormais plus jamais la même.
On pensait enfin pouvoir profiter de chacun de nos parents même si séparément...
Ca n'a pas été le cas...et ça ne le sera jamais.

A la seconde près où j'écris ces mots mon père va bientôt mourir.

Ca fait maintenant un peu plus d'un an qu'on lui a découvert une tumeur au cerveau.
La façon dont je le dis peu paraître incongrue mais pourtant c'est la vérité et depuis cette révélation c'est toute ma vie qui s'est écroulée.
Je suis vraiment démoralisée.
Je vous racontais quelques lignes plus haut avec beaucoup d'entrain les dégâts de l'alcool, du mensonge et beaucoup de choses encore.
Et au fond, quand je reviens maintenant sur ces lignes, je relativise et me rends compte que ça n'est rien à côté de ce qui se déroule maintenant sous mes yeux.

A ce jour, on a déjà tenté trois protocoles afin d'élimer la tumeur et une opération : tout ça sans le moindre résultat probant.
Sa tumeur a été découverte à la suite d'une crise d'épilepsie que mon père a faite lors de nos vacances d'été annuelles : c'était le 26 juillet 2006.
Cette crise nous marquera à jamais ma s½ur et moi, car ce jour là, nous avons cru le perdre à jamais.
Lui qui n'avait jamais ne serai-ce qu'un petit rhume !!
Cet évènement si je puis dire (qui nous a valu des jours d'angoisse, d'attente et d'allers retours aux urgences qui plus est légitimes) a poussé les médecins a effectuer tout un tas d'examens afin de déterminer l'origine de la crise...
Après quelques semaines, nous avons fini par apprendre qu'une masse grise assez importante faisait pression sur une partie de son cerveau, et que c'est cette pression qui lui déclenchait des crises d'épilepsie.
L'autre problème c'était que la tumeur était située dans la partie du cerveau qui conditionne la motricité et le langage.
Aussi la seule possibilité pour lui était d'avoir recours à une opération chirurgicale afin d'extraire cette tumeur, opération risquée ça ne va pas sans dire...
Mon père s'est donc fait opérer très vite vers début septembre je dirais.
Je ne pourrais pas vous exprimer mon soulagement quand je l'ai vu le lendemain en salle de réveil tout pimpant alors qu'il venait de se faire ouvrir la tête !!!
Ma peur c'était qu'il perde soit l'usage de la parole soit sa motricité comme nous avait expliqué le chirurgien.
Seulement la vie ne nous a pas laissé beaucoup plus de répit ; car à peine quelques mois après, la tumeur s'est redéveloppée.
Papa a donc suivi tout un tas de traitements composés de chimiothérapie, radiothérapies et médicaments divers...
Mais la tumeur a tout de même progressé encore et a évolué de façon considérable, si bien qu'une nouvelle opération était inenvisageable.

Aujourd'hui je sais que ma vie sera à tout jamais différente de celle qu'il imaginait pour nous.
Parce qu'il va nous quitter malgré lui et que nous, nous n'en avons pas envie.
Je ne suis pas croyante et depuis quelques semaines pourtant je prie tous les soirs pour que mon père guérisse.
La vérité c'est que je prie pour me rassurer et seulement pour ça, en vain quoi.
Au fond, tout le monde (y compris les médecins et lui-même) savait qu'il ne guérirait plus car l'opération était sa seule chance de s'en sortir et quand la tumeur s'est réinstallée c'était déjà terminé.
Il a quand même continué les protocoles, et il s'est battu.
Il y croyait comme claire comme moi...
Quelle naïveté !!!
Au fond tout cela était déjà tracé.
Ce genre de pathologie n'épargne personne tout le monde le sait...
Mais se résigner à mourir quelque soit les circonstances n'est pas possible je crois...
Notre espoir et notre instinct de survie prennent toujours le dessus et ce quelque soit l'issue.

J'ai eu un entretien il y a quelques temps avec les médecins qui m'ont annoncé que son départ se jouait maintenant en mois et encore.
Quand le médecin m'a annoncé ça, j'ai eu un vrai choc.
C'était comme si toute la terre s'écroulait avec cette nouvelle.
En quelques secondes tous mes espoirs, NOS espoirs avaient été balayés...
Le plus choquant c'est la façon dont les médecins t'annoncent de telles nouvelles.
C'est comme si ils te parlaient du beau temps, ils font ça avec un total détachement et c'est vraiment irritant.
Ce rendez-vous, je m'en souviendrais toute ma vie car à cet instant j'ai vu tout ce que je ne vivrais jamais avec mon père.
Le pire c'est qu'à cette période, malgré la perte de sensibilité de son bras droit et quelques difficultés à s'exprimer ; il était bien là, bien présent aussi bien mentalement que physiquement.

C'est étrange mais je pourrais parler de lui des heures et inlassablement, comme si le fait d'en parler continuellement le rendait immortel...

Papa est aujourd'hui dans une structure médicalisée en unité de soins palliatifs comme ils disent. De fin de vie quoi... Tout est allé si vite...
En un rien de temps, il a tout perdu : la quasi-totalité de sa motricité ainsi que la parole...
Plus un mot.
Il est enfermé dans son silence, et le pire, c'est que rien que ça, ça me fait un mal de chien.
J'ai le sentiment d'avoir déjà oublier le son de sa voix ; chaque intonation...

Le fait qu'il soit interné a été une épreuve de plus à surmonter dans notre malheur.
Je crois que ma s½ur et moi l'avons ressenti comme un réel abandon.
Non pas comme un abandon de lui mais plutôt venant de nous.
Malgré tous nos efforts et nos arguments les médecins n'ont pas voulu qu'il rentre avec nous à la maison.
Pourtant si vous saviez comme j'aurais voulu être là pour lui jusqu'au bout...
Quand je vois dans quel état il est aujourd'hui, je me dis que ça aurait été de la folie, que nous n'aurions pas pu nous en occuper correctement avec tous les soins dont il a besoin quotidiennement...et ce malgré toute notre bonne volonté.
Au fond, je crois que de toute façon il n'aurait pas accepté que l'on s'occupe de lui. Pas comme ça.
La toilette, les médicaments, et bien d'autres choses encore auraient été trop de responsabilités, trop de souffrance...
Apparemment leurs arguments ont pris le dessus sur les nôtres.
Aujourd'hui je sais qu'il nécessite une présence médicale 24 heures sur 24, j'en suis consciente.
Son état s'aggrave vite, trop vite.
Malgré nos réticences, on a du se résigner à ce qu'il aille en structure, à le laisser partir, finir sa vie...
Il détestait tellement tout ça : les hôpitaux, les médicaments, les piqûres...
Avec sa maladie, il avait accepté beaucoup de choses pour se soigner mais la seule chose qu'il ne supportait pas c'était de se voir diminuer.
Perdre son autonomie petit à petit a été très éreintant pour lui.
Jusqu'au dernier mot qu'il a pu dire, il nous a fait comprendre qu'il voulait rentrer à la maison, c'était la seule chose qui lui importait...
Il savait que c'était terminé mais la seule chose qu'il désirait c'était sa tranquillité, « la paix » comme il disait si souvent.
Même ça il n'y aura pas eu le droit...

Rien que d'en parler, les larmes me montent aux yeux et tout un tas de sentiments mêlés avec.
Chaque jour, ma s½ur et moi allons le voir et chaque jour est pire que le précédent...
Il est fatigué et fasse à la réalité, il est désemparé.
Nous, nous sommes là impuissantes avec une seule pensée en tête, égoïste qui plus est : « ne nous laisses pas, ne nous quittes pas ».
Voilà ce que je me dis sans cesse.
Mais le pire c'est que chaque jour, je crois à sa guérison, à un miracle et j'y crois encore plus fort que le précédent.
J'ai le sentiment qu'il est hospitalisé mais qu'il va bientôt sortir, comme si c'était une certitude...
Pourtant je connais la réalité mais je ne veux pas l'entendre c'est différent.
Je vis chaque seconde, chaque minute, chaque heure qui passe, avec la peur qu'il s'en aille...
En plus de ça, je vois bien qu'il souffre. Non pas physiquement, mais moralement et ça c'est bien pire que tout.
Garder sa conscience alors qu'il a perdu si vite tout le reste a été une souffrance de plus que lui a affligé la maladie.
Par respect et amour pour lui, je voudrais qu'il s'en aille en souffrant le moins possible mais par dépit je voudrais qu'il reste le plus longtemps possible près de nous...
Alors il pleure et moi je ne sais quoi lui dire à part de tenir le coup, qu'il ne faut pas qu'il pleure et qu'on est et sera toujours là...

Mais vous savez, jamais je n'aurais cru qu'on s'en perdrait comme ça à ma famille...
Aujourd'hui j'ai 21 ans et ma s½ur n'a même pas encore fêté ses 18.
Et ce qui est terrible c'est que je sais que mon père ne nous verra pas nous construire et nous, nous allons pourtant devoir nous construire sans lui.
Jamais il ne verra nos enfants, ou ce que l'on a fait de notre vie.
Ce qui me met le plus en colère dans tout ça, c'est l'injustice de la situation.
Je suis en colère contre le monde entier, révoltée.
Tout m'énerve et tout un tas de questions idiotes me viennent : pourquoi lui, pourquoi nous une fois de plus ?
Tant de questions auxquelles de toute évidence, il n'existe aucune réponse...

Autre chose que je voudrais soulever : la bêtise des gens face au malheur des autres.
Quand tout va bien, tu ne connais qu'un cercle restreint de personnes sur qui tu peux compter mais quand tout va mal, tu vois débarquer tout un tas de gens que tu n'a jamais vu ou que tu ne vois que très rarement et qui te donnent des conseils, te rassurent, te disent qu'« il va falloir être forte et avancer ...»
Et là à ces gens tu as envi de leur dire : "MAIS QUE SAVEZ VOUS DE MA VIE ?
Avez-vous déjà vécu ce que moi je suis en train de vivre ?"
Et certains te répondent alors que « oui » parce qu'un ami de machin avait eu ça ou qu'ils ont lu des tas de choses concernant cette pathologie...
Pourtant, il y a toujours un élément dans la situation qui diffère.
Même ton désarroi, ils ne le perçoivent pas...
Avaient –ils 21 ans ou même 18 quand on les a privé de leur père?
Avaient ils vécu ce que nous avions déjà vécu avant que notre père ne tombe malade ?
Vous savez au fond ce sont tous ces commentaires à la noix et les visages sur lesquels se lisent tout ce qu'on ne veut pas lire (car on a déjà assez de la tristesse) qui vous font le plus de mal dans ce genre de situation.
Tout le monde te dit se mettre à ta place et pourtant il n'y a que toi qui y est et qui le vit. Et malgré toutes les bonnes volontés du monde, tu te sens seule, désespérément seule.

Aujourd'hui, si j'écris tout ça, c'est parce que je suis désemparée et que je n'ai envie de parler à personne d'autre qu'à vous qui êtes là et qui écoutez sans mot dire, sans juger, sans savoir mieux que moi ce que je vais faire de ma vie quand il ne sera plus là...
D'ailleurs moi-même je ne sais pas.
Je ne sais pas si je vais pouvoir vivre sans lui et même si j'en ai seulement envie...
On me l'arrache et en plus de ça, je ne peux même pas profiter de derniers moments avec lui puisqu'il ne pas s'exprimer ni même marcher...
Est-ce qu'il nous reconnaît même ? personne ne le sait...
Petit à petit il va se perdre dans l'inconscience... c'est çà son issue à lui...
Et quand ce jour arrivera il ne se souviendra pas de ma s½ur, pas de moi pas de sa vie de NOTRE VIE et de tous les moments dont tout le monde devrait pouvoir se souvenir...
Il y a tellement de choses qu'on ne dit pas à ses parents parce que l'on n'imagine pas qu'ils peuvent partir si vite.
Il y a tellement de choses que j'aurais voulu lui dire :
A quel point je l'aime ou même combien il va me manquer...
Qu'il ne doit pas s'inquiéter, que quand ma tristesse se sera atténuée je tacherais d'avancer et de le rendre fier de moi, de nous ;
Que je m'occuperais bien de Claire, que je ne la laisserais pas car je sais que c'est une chose qui beaucoup l'inquiétait.

Tout ça j'aurais voulu lui dire quand il était encore bien présent mais aujourd'hui ça ne mène pas à grand-chose de le faire. Je ne suis pas sûr qu'il me comprendrait.

Je suis tellement en colère si vous saviez !!!
Je suis en colère car la vie ne nous a pas épargné même si je sais que beaucoup de gens dans le monde ont vécu des choses bien pires que le départ d'un être cher.
Mais moi, aujourd'hui, je me fous du monde.
Je veux que l'on me rende mon père.
Je ne veux plus le voir diminuer de la sorte... vous comprenez ?
J'ai encore besoin de lui et ma s½ur aussi.
Je voudrais vivre avec lui tout ce qu'un père et une fille doivent pouvoir vivre ensemble.
Je ne peux pas me résigner à le laisser partir c'est trop tôt...
Je n'ai pas profité de lui et lui n'a pas profité de sa liberté...
Que va-t-il se passer pour claire, pour moi quand il ne sera plus là ?
Comment pourra-t-on vivre sans lui ?
Ce qui est le pire dans tout ça, c'est qu'il est encore là et pourtant tout ce qu'il n'est plus et que moi j'ai connu me manquent déjà terriblement...
Un peu comme si il était déjà absent...
Je m'efforce chaque jour de me dire que je n'aurais pas le choix et qu'il faudra que j'avance sans lui quoiqu'il en soit.
C'est si dur d'en arriver à se dire ça...
Et quand je pense à la situation au plus profond de moi, avec mon c½ur et non pas avec ma foi, je me dis que je n'ai pas le droit.
Pas le droit de profiter de la vie alors que lui ne le peut pas.
Le futur me fait peur.
Je ne pensais pas vivre si tôt des choses comme ça ...et j'ai peur de réapprendre à vivre à cause de ça.


Contrairement à beaucoup d'histoires, la mienne s'arrêtera là.
Je ne connais pas la chute de tout ça, enfin, je n'veux pas la voir je crois
Et c'est mon droit.


Je ne suis pas un écrivain, ni même une héroïne ; je suis seulement une jeune femme qui vient de vous ouvrir les portes de son intimité en toute sincérité.

Ma plus belle leçon de vie, à mon sens c'est celle-ci.






A ma s½ur Claire...dont je suis si fière...
A ma mère....
Mais surtout à toi mon très cher papa...je t'ai aimé si fort jusque là, je tacherais de te rendre fier de moi d'où tu seras...



...

# Posté le vendredi 14 septembre 2007 11:02

Modifié le lundi 17 septembre 2007 02:47

Petite chanson pour toi mon papa... Tu me manques déjà !

Tu ne m'as pas laissé le temps

J'reste avec mes souvenirs
Ces morceaux de passé
Comme un miroir
En éclats de verre
Mais à quoi ça sert
C'que j'voulais te dire
Reste sur des pages blanches
Sur lesquelles je peux tirer un trait
C'était juste hier

Tu ne m'as pas laissé le temps
De te dire tout c'que je t'aime
Et tout c'que tu me manques
On devrait toujours dire avant
L'importance que les gens prennent
Tant qu'il est encore temps
Mais tu ne m'as pas laissé le temps

Toi qui m'a tout appris
Et m'a tant donné
C'est dans tes yeux que je grandissais
Et me sentais fier
Pourquoi sans prévenir
Un jour tout s'arrête
Et vous laisse encore plus seul sur terre
Sans savoir quoi faire

Tu ne m'as pas laissé le temps
De te dire tout c'que je t'aime
Et tout c'que tu me manques
On devrait toujours dire avant
L'importance que les gens prennent
Tant qu'il est encore temps
Mais tu ne m'as pas laissé le temps




JE T'AIME PLUS QUE TOUT !
Petite chanson pour toi mon papa... Tu me manques déjà !
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# Posté le mercredi 19 septembre 2007 04:00

Modifié le vendredi 28 septembre 2007 05:37

je t'aime...

je t'aime...
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# Posté le jeudi 20 septembre 2007 10:03

Modifié le jeudi 20 septembre 2007 10:37

Toi, si merveilleux...

Toi, si merveilleux...

# Posté le dimanche 23 septembre 2007 11:17

Modifié le mardi 02 octobre 2007 03:36

retoi et toujours toi l'homme de ma vie...

retoi et toujours toi l'homme de ma vie...

# Posté le dimanche 23 septembre 2007 11:19

Modifié le mardi 02 octobre 2007 04:13